La 50ème Loi : et si vous preniez des cours de gangsta management ?


Robert Greene est un écrivain infatigable. Grand francophile, cet auteur américain a écrit des best-sellers enfin publiés en France. Récemment, on a donc pu retrouver en tête des ventes « Power : les 48 lois du pouvoir » et « War », deux de ses ouvrages qui recensent les meilleures stratégies militaires et politiques à travers les siècles pour gagner des batailles et accéder au trône.

Très vite, ses écrits sont devenus cultes chez les rappeurs où l’autorité, la domination et le pouvoir font figure d’attributs nécessaires pour régner sur le rap game. C’est en 2006 que Robert Greene décide de collaborer avec le rappeur/businessman 50 Cent. De leurs rencontres naîtra « La 50ème Loi », guide de management pratique, sorte de reprise des « 48 lois du pouvoir », revues et adaptées par le rappeur du Southside Queens.

Résumé en 3 points d’un bouquin de gangsta management pas réservé aux
« kaïra ».

Un management de l’action et de la veille

50 Cent a conquis le pouvoir dans la rue et sur les ondes grâce à sa totale intrépidité. Il y avait certes des risques à violer les convenances, mais pour lui, c’était soit la misère, soit le succès. La passivité ne fait pas partie de son vocabulaire, malgré tous les obstacles qui se sont dressés sur sa route.

Face à la peur, pas besoin d’être un grand psychologue pour connaître les deux attitudes possibles.
Soit vous vous enfuyez, soit vous combattez. C’est le fameux « fight or flight » des Américains. 50 est évidemment un street fighter.

Il n’y connaît rien, n’a pas fait de MBA entrepreneur mais va se lancer quand même et affronter ses peurs. Comment résumer la philosophie de 50 Cent en quelques mots ?

Suprême audace, mépris des conventions, souplesse et sentiment d’urgence. Il y a un petit côté Ardisson en lui, au sens où il sait qu’ « On ne peut pas plaire à tout le monde » : il va en énerver plus d’un, des jaloux, des moralisateurs, il va se faire des ennemis mais il sait où il va, il sait quels sont ses objectifs.

Il n’est pas étonnant de retrouver au détour des pages des citations d’une autre époque, où le politiquement correct n’avait pas encore corrompu la sphère publique. 50 Cent est un homme d’action qui cite Nicolas Machiavel :

« Au reste, je tiens qu’il vaut mieux être impétueux que circonspect, parce que la fortune est une femme, de qui l’on ne saurait venir à bout qu’en la battant et en la tourmentant. Et on voit par expérience qu’elle se laisse plus dompter par les gens féroces que par les gens froids ».

Qui nous conseille aussi de rester dans la réalité, de rester observateur : « le pire danger qui vous menace est de vous amollir et de perdre l’acuité de votre regard ». Bientôt, les façons de faire que vous tenez pour acquises seront dépassées.

Ce qui est valable pour lui dans la rue puis dans l’industrie musicale en pleine déconfiture depuis 15 ans l’est aussi pour nous dans le web.

Le danger, nous répète Curtis Jackson (50 Cent) serait de s’encroûter. D’avoir la sensation qu’on sait tout ce qu’on a à savoir. Alors nos opinions deviendraient de fermes certitudes et dans le web, vous savez que le #old ne paye pas.

Cette notion de veille s’applique à tous les milieux, qu’on soit dealer, musicien ou dans le webmarketing. L’action, certes nécessaire, n’est rien sans le pouvoir préalable de l’observation.

Communication à tous les niveaux

A mesure que l’organisation du dealer Curtis Jackson grandit, il devint comme un général : incapable d’être partout à la fois. Pourtant, pour ne pas perdre de vue la réalité du terrain, il se forçait comme Napoléon à communiquer avec tous les niveaux de la chaîne hiérarchique.

Quoi de pire qu’un patron déconnecté qui ne reçoit plus l’info du terrain ? Que vous soyez patron ou employé, mettez en place des process de communication, de remontées d’info hebdomadaires.

Si vous êtes le patron, vous devez aller chercher l’information, vous devez sentir le moindre tressaillement de vos concurrents, la nouvelle orientation du marché, les nouveaux usages technologiques.

Si vous êtes community manager, vous devez veiller à sentir les tendances émergentes et à bien synthétiser l’info : vos supérieurs manquent souvent de temps, fournissez-leur de l’info concrète et « actionnable ».

Ayez l’autonomie du dealer

Vous êtes bloqué dans vos projets ? Par des clients ? Par des fournisseurs ? Par un manque de connaissances techniques ? Par des dettes ? Pourtant vous devez créer votre empire, sans chercher d’excuses.

Pas de drogue, pas d’alcool, le dealer Curtis Jackson voulait être autonome. Lorsqu’il entame sa carrière de rappeur et qu’Eminem entend parler de lui, 50 Cent refuse de laisser le label Interscope tout gérer pour lui. Il tournera ses clips, produira son propre site internet.

Après son premier album couronné de succès « Get rich or die tryin’ », il créera son propre label indépendant. Comment a-t-il fait ? Il s’est tout simplement servi du moment de « servitude » obligatoire chez Interscope pour apprendre toutes les ficelles du métier.

A votre échelle, vous pouvez en faire autant. En plus de votre travail habituel dans lequel vous vous devez d’être irréprochable, vous devez absolument apprendre des bribes du job de votre collègue, de votre femme, de votre patron. Les clefs de votre indépendance sont à portée de main.

Si vous arrêtez d’apprendre, vous êtes mort. Si la volonté d’être indépendant n’est plus en vous, vous ne progresserez plus et passerez votre vie à obéir à des ordres. Le Napoléon du hip-hop le déclare :
« Notre tâche en tant qu’adultes est de prendre totalement possession de l’autonomie et de la personnalité reçue à la naissance ».

Un gangsta éminemment positif

An 2000. 50 Cent en a marre de dealer et décide de devenir rappeur. Il chante. S’entraîne. Mais ses embrouilles de drogue font qu’il se prend 9 balles dans le buffet. Mâchoire touchée, son flow, sa manière de rapper est transformée. Il va en faire sa marque de fabrique.

Blessé, retardé dans la sortie de son album, il se reconstruit. Alors que sa tête est mise à prix, il prépare son come-back, sa vraie arrivée sur scène avec un nouveau label (Interscope, donc, puisque Columbia l’a lâché à cause de la fusillade).

Aurait-il pu tout lâcher ? Oui. Mais comme un vrai entrepreneur, 50 Cent a l’habitude des revers, et n’en a pas peur. Dans la vie, il n’y a pas d’évènements négatifs ou positifs. Tous sont neutres, et vont dépendre de votre interprétation.

Un prospect qui vous fait faux bond au dernier moment ? Pas grave. Vous serez meilleur sur le prochain.
Une version presque aboutie d’un site qui demande finalement plus de corrections que prévue ? Ca arrive.
Un client mécontent ? C’est une bonne occasion d’améliorer votre produit en écoutant ses reproches et ses conseils.

La vérité est que la vie est par nature dure et concurrentielle. Il ne faut donc pas appeler ces contretemps des revers de fortune mais la vie, tout simplement. Ne pas en avoir peur mais les analyser, et continuer d’avancer contre vents et marées.

Citations extraites de « La 50ème Loi »

« Nos peurs sont telle une prison qui limite notre domaine d’action ».

« Les choses obtenues vite et facilement vous lâcheront tout aussi rapidement. La seule façon d’atteindre l’autonomie et d’acquérir le moindre pouvoir, c’est d’y consacrer beaucoup d’efforts et de s’y entraîner ».

« Comme l’a dit Napoléon, le moral est trois fois plus important que les forces matérielles ».

Pour aller plus loin

Regardez la merveilleuse série The Wire sur le trafic de drogues à Baltimore, et intéressez-vous en particulier aux personnages de Stringer Bell. Et de Avon Barksdale. Et de Marlo Stanfield. Vous verrez que l’un d’entre eux ressemble à 50 Cent.

Lisez l’interview de CNN sur 50 Cent : de star du rap à homme d’affaires.

On trouve bien évidemment de nombreuses autres leçons dans « la 50ème Loi », j’espère que le livre vous plaira !

Sélim, street cred niveau 0

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10 Commentaires
  • La photo est choisie à dessein, et le livre est très instructif.

  • J’ai trouvé mon nouveau livre de chevet :)

  • La photo gangsta rap est excellente et le bouquin aussi bien évidement.

  • Bonjour Sélim,

    Ton article est très intéressant.

    ça remonte vraiment le morale ;)

    Merci bien !

  • C’est vrai que le bouquin à l’air plutôt intéressant, mais je me demande si l’on y apprend vraiment de quoi devenir le roi du marketing ?

  • Je n’ai pas lu ce livre, mais celui des 48 lois du pouvoir. Je l’ajoute à ma reading list, il doit décaper. Du bon business a la sauce gangsta rap :p

  • Excellente recommandation.
    J’adore ce bouquin.

    Ames sensibles s’abstenir

  • Je trouve ce livre intéressant car il met en parallèle deux univers à priori opposés: celui des gangstas, en proie à la rue, et celui du marketing, qui répond à des règles précises. Ce parallèle est vraiment judicieux car 50 Cent est parti de rien et a réussi à devenir un homme d’affaires influent, on a donc tout à retenir de son expérience.

  • J’ai personnellement consacré 2 articles à cet ouvrage qui est une mine d’information et qui permait de « casser » certaines idées reçues.

    La transcendance est un de mes passages préférés. Accepter l’idée de mourir pour apprendre à vivre.

    Livre conseiller, la couv est belle, sous-titre accrocheur, anecdotes et citations bien choisies, Greene est un « killer ».

    Bonne continuation.

    • Merci Julien !
      Je suis aussi un lecteur assidu de Greene, que j’ai eu la chance de rencontrer il y a deux ans.
      Un grand monsieur, de bonnes analyses, des ouvrages indispensables à mon avis pour qui veut entreprendre de nos jours !

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